Le cheval en Béarn au XVIe siècle
L’équidé est domestiqué dès l’Antiquité par les hommes qui l’utilisent pour ses capacités de traction - notamment pour la guerre, l’agriculture ou pour se déplacer. Sa domestication révolutionne l’histoire humaine et mondiale puisqu'elle offre une diminution significative des temps de transport avec une mobilité bien plus rapide que le déplacement pédestre. Elle permet également l’exploration du monde, offre un nouveau moyen de faire la guerre, favorise le développement du commerce et des rencontres humaines. L’utilisation des équidés apporte un profond changement du quotidien de nombreuses civilisations touchant toutes les classes de la société.
Le Béarn : terre d’élevage
Le Béarn, du fait de sa diversité topographique et son climat humide – mais ensoleillé, est un pays propice à l’élevage. Les particularismes géographiques du pays sont un terrain diversifié – aux hauteurs allant jusqu’à 2 880 mètres d’altitude – et une végétation variée qui offre une source d’alimentation pour tout être vivant. Les incidences de cet environnement, s’ajoutant à la pratique de l’économie de subsistance, se répercutent sur la manière de vivre des hommes et sur leur utilisation des animaux.
Les premières et principales bêtes de trait en Béarn sont les ânes et les bœufs, bien que le pays soit de façon générale un pays de traction par bovin et équin. Le choix de la bête de somme est étroitement relié à la topographie territoriale marquée par l’utilisation presque exclusive de mules et d’ânes en montagne ou de bovins dans les plaines. En outre, les transhumances illustrent le rôle capital de l’élevage dans l’économie paysanne béarnaise mais également aux niveaux social ou politique.
Dans les vallées hautes aux surfaces cultivables réduites, telles que les vallées d’Aspe, d’Ossau et les parties hautes de l’Ouzom et de Barétous, les bovins sont exclus des chantiers de montagnes dont les routes restent étroites jusqu’au XXe siècle. Seuls les ânes et mulets, utilisés en solitaire ou en file, ont la dextérité et l’endurance pour arpenter les pentes sinueuses.
Dans les fonds de vallées et les coteaux, où il était possible de posséder une petite production, la vache est majoritaire puisqu’elle constitue un avantage économique pour la famille avec le veau et le lait. Les exploitations plus riches et importantes pouvaient avoir un mulet ou un cheval en complément.
Les exploitations de grande surface se trouvaient dans les vastes vallées des gaves béarnais qui demandaient l’utilisation d’un bœuf ou d’un grand cheval. Cependant, ces animaux ne s’amortissent financièrement que par leur force immédiate utilisée quotidiennement puisque ce sont de gros mangeurs et des non-reproducteurs.
En outre, ce panorama de l’élevage équin en Béarn n’est qu’un aperçu général d’un espace spécifique qui suit de nombreuses dérogations – selon les goûts humains ou les réalités économiques.
Les équidés en Béarn : variété d’espèce et d’utilisation
Le mulet – ou mule – est un équidé hybride stérile fruit de l’accouplement entre une jument – un animal de plaine volumineux – et d’un baudet – un animal moins puissant mais agile. Création de l’homme – les premiers produits remontent à l’Antiquité, la mule hérite des qualités intermédiaires de l’âne et du cheval pour répondre aux besoins de transports en haute et moyenne montagne.

P.2008.20.1.8: « pont d’Orthez » Dessinateur : Charles Henri Euloge de la Couldre. Date : 1823
Animal de bât par excellence, les mules sont autant utilisées pour le transport, l’agriculture, la contrebande ou même les déplacements des souverains ou de leurs principaux vassaux avant que le cheval, espèce considérée plus noble, n’en prenne le monopole.
En Béarn, les mulets sont principalement produits dans les hauteurs moyennes et les vallées de montagne. Les éleveurs locaux importent des baudets – de Catalogne ou de Poitou – pour les reproduire avec les juments locales navarrines. La mule est une bête de somme, qualité indispensable dans le pays, puisque les plus légers sont employés autant dans les plaines que les montagnes, tandis qu’aux plus hautes altitudes le mulet était fort et trapu pour répondre aux divers usages.
L’âne est le parent pauvre de la famille des équidés et ses services sont précieux pour les paysans – comme c’est le cas en montagne pyrénéenne. Bien qu’il transporte un poids plus léger, sa rusticité et son petit gabarit lui permettent de passer là où le mulet ne peut passer et de résister à la rudesse du climat montagnard. C’est également un auxiliaire précieux pour le berger en estive puisqu’il permet le transport du matériel de campement.

Quelles denrées ils portaient, quel était le prix de chaque chose » / estampe, vers 1900. Auteur : VIERGE (URRABIETA ORTIZ dit), Daniel (Madrid, 1851 - Boulogne sur Seine, 1904) © Jean-Yves Chermeux
Sa reproduction et son élevage ne sont pas aussi encadrés que d’autres équidés, hormis une restriction quant à sa capacité à survivre au climat local – les ânes aux poils ras se trouvaient dans les plaines plus tempérées.
Le cheval utilisé pour le bât est à différencier du destrier, cheval de guerre et de tournois puissant caractéristique de la noblesse d’épée, ou du coursier, également un cheval de guerre mais utilisé par les hommes d’armes plus communément. La diversité d’utilisation de l’équidé et ses caractéristiques physiques entraînent une hiérarchisation des chevaux selon leurs usages. Le cheval est l’animal domestiqué le plus prestigieux et est marqueur d’un rang social dans une société largement codifiée.
Dans les campagnes, les chevaux utilisés pour la traction sont essentiellement des équidés petits et rustiques, généralement défectueux, qui font perdre plus qu’ils ne font gagner aux propriétaires – au contraire d’autres animaux pour lesquels la viande, la peau ou la production sont utilisées. Seuls les plus aisés pouvaient posséder un cheval ou une poulinière dans leur écurie.
Le cheval de guerre – ou de selle – est l’une des renommées de l’élevage béarnais. Il est utilisé par les souverains successifs du Béarn, l’armée napoléonienne et jusqu’à son apogée au XIXe siècle sous la forme du « Demi-sang du Midi ».
La cavalerie locale est issue d’un croisement ancien entre les chevaux autochtones, épais et membrés, avec ceux de passage au gré des dynasties et des conquêtes. Dès le VIIe, la venue des Maures jusqu’à Poitiers fait venir des chevaux arabes et espagnols, plus fins et endurants, et les retours des croisades apportent de nouveau le sang oriental à l’équidé béarnais pour façonner et améliorer la cavalerie des Vicomtés de Béarn. Ces modifications humaines successives forment la race connue aujourd’hui comme « cheval tarbais » ou « cheval navarrin » qui s’élève aussi bien en Bigorre que dans les plaines béarnaises.
La race navarrine « pure » est issue des montagnes pyrénéennes et s'approchait des caractéristiques du cheval barbe – race venue d’Afrique du Nord – au corps épais et à la tête lourde et camuse. Dans les plaines et coteaux, les chevaux ont subi des croisements avec le limousin, considéré dans toute l’Europe comme un excellent cheval de selle et apprécié par les Béarnais pour son trot léger et son agilité sur les chemins exigus.
Cependant, la notion de « race » est anachronique au XVIe siècle puisque les chevaux sont décrits selon leur origine géographique et classés selon leur couleur de robe. Le bai (bayart) était le plus prisé, suivi par les rouans (saure), les gris (grisoo) parfois pommelés (pomerat) et enfin les noirs (moreux).
Bibliographie :
- L. 707 - Les Pays de l’Adour. Royaume du Cheval par UPPA (Université de Pau et des Pays de l’Adour), 1982
- BP 5203 – Expo 1976 L’élevage à la ferme en Béarn (musée béarnais)
- BP 5223 – Expo 1978 Animaux et travaux en Béarn (musée béarnais)
- L 944.7 DAR – La vicomté de Béarn sous le règne d’Henri d’Albret (1517-1555) / Charles Dartigue-Peyrou. – Société d’édition les Belles lettres, 1934.