La cavalerie… de papier

Dans les rayonnages de la bibliothèque du musée national, nous possédons trois beaux exemplaires anciens qui traitent de la cavalerie. Ces textes ont tous été écrits par des soldats, qui mettent en avant leurs propres expériences de la guerre et leurs propres exploits, pour assurer le lecteur de l’efficacité de leurs conseils.

 

Le premier est un recueil factice. Un recueil factice est un ouvrage réunissant des textes dont l’assemblage a été choisi par l’acheteur, ou le collectionneur. Ici nous avons trois textes, qui ont été réunis par rapport à leur thématique militaire :


- Jean Errard de Bar-le-Duc, 1604. Editeur : Théodore de Bry. La fortification réduite en art et démontrée 
- Diego Ufano (capitaine de l’artillerie au château d’Anvers), 1614. Artillerie. C’est-à-dire vraie instruction de l’artillerie et de toutes ses appartenances. Éditeur : Jean Théodore de Bry. 
- George Basta (comte du St empire romain en Hust et Marmaros, libre baron et seigneur de Tropavie en Silese, et Sultez en Flandre, gouverneur général en Hongrie et en Transilvanie, et lieutenant général des armées de sa majesté) ; traduction italienne par Jérôme Sirtori, Milanais. 1614. Editeur : Jean Théodore de Bry. Le gouvernement de la cavallerie légiere, traité, qui comprend même ce qui concerne la grave, pour l’intelligence des Capitaines.

 

Nous pouvons remarquer que l’éditeur est aussi quasiment identique. Nous avons Théodore de Bry, puis son fils Jean Théodore de Bry. Nous allons évoquer le troisième texte du recueil, écrit par George Basta, avant 1607, et qui se concentre autour de la cavalerie légère.

 

Giorgio Basta (1544-1607), francisé Georges Basta, est un soldat italien d’origine albanaise qui commence sa formation militaire dans les Pays-Bas méridionaux. Il débute sa carrière au service de la monarchie espagnole sur le front français, lors des guerres de Religion, avant de passer sous les ordres d’Alexandre Farnèse, en 1578, dans les Pays-Bas espagnols. Recommandé par Philippe II, Rodolphe II, empereur du Saint-Empire romain germanique, le nomme général de sa cavalerie légère et le fait chevalier de l’ordre de l’Éperon d’or le 16 février 1598. Il commande les forces des Habsbourg, en Hongrie et en Transylvanie, pendant la Longue Guerre contre l’Empire ottoman et ses alliés hongrois.

 

Né au cours d’une période de transition militaire, Basta assiste au remplacement des armes de corps-à-corps par les armes à feu. Il participe à la mutation de la traditionnelle cavalerie lourde vers une cavalerie plus légère qui prône une rapidité et une mobilité des charges. Sous les ordres d’Alexandre Farnèse, il est responsable du renouvellement et de la restructuration de la cavalerie. Pour y parvenir, il expérimente ses méthodes sur le front français en proposant des attaques en continu de petits mais nombreux groupes de cavalerie afin d’user de l’adversaire en jouant sur l’endurance.

 

Georges Basta profite de son expérience sur les fronts de l’Est, notamment face aux Ottomans, pour rédiger plusieurs traités sur les arts de la guerre – dont trois sont traduits et largement diffusés. Son ouvrage « Il governo della cavalleria leggiera », publié à titre posthume en 1612 à Venise, est le plus important de ses travaux puisque c’est le premier règlement régissant la cavalerie légère en Europe. Pionnier de l’enseignement militaire à cheval, ses théories permettent à la cavalerie de se libérer des liens qui l'unissent à l’infanterie, selon les tactiques militaires antérieures, pour devenir son propre corps de profession. Originellement réservé à la noblesse d’épée, Basta avance que le choix des officiers de cavalerie ne devrait pas se fonder sur les titres nobiliaires mais sur un système méritocratique.

 

Gouvernement de la cavalerie légère

 

Regardons cette page de titre : une allégorie de la Victoire trône tout en haut du frontispice, encadrée par deux peuples vaincus, aux mains liées dans le dos.

 

Sur le côté gauche, nous voyons la Paix, et à droite, la Guerre. En bas, les éléments qui symbolisent les campagnes militaires : tambour bien au centre, canons, armure, étendard et lances.

 

« Avertissement touchant les figures : Voici, ami lecteur, les traces et démonstrations plus nécessaires de toutes les actions cavalleresques et militaires, d’armer, loger, marcher et de combattre, en forme plaine ».

 

L’auteur annonce dès cette étape que les illustrations auraient pu être en perspective, ce que les peintres savent très bien faire, mais « il y aurait eu moins de profit pour les soldats, qui ne sont pas tous capables de la variété de leurs fantaisies ». En effet, elles sont dessinées comme par le dessus de l’action, rendant très lisibles les mouvements des troupes à cheval.

 

On nous annonce tout de suite un traité clair, et utile. Notre auteur tient à séparer les différents types de cavalerie, et notamment ici la cavalerie légère parce qu’elle a déjà un statut à part. Le « discours » est réparti en 4 livres :

 

- De la levée de gens : d’abord les officiers, puis les soldats, « j’en déduirai la disposition tant du corps que de l’esprit, y ajoutant la qualité et usage tant des armes, que des chevaux requis ». 
- Des règles pour les logis
- De l’ordre au marcher
- De la manière de la ranger en bataille

 

Basta préconise de mettre aux rangs de commandement des gens d’un certain âge, et qui ont vécu la vie de soldat avant de briguer des postes de capitaines, ou de commandants. Il marque une véritable originalité par rapport à son époque, qui réservait les postes de prestige aux nobles. Basta est plutôt pour un système qu’on appellerait méritocratique.

 

Un homme à cheval touche 70 réals (monnaie d’argent espagnole) par mois. Mais même s’il les reçoit comptant, il ne peut faire vivre lui-même, son valet et deux chevaux sur cette somme. Comment peut-il épargner assez pour le moment où le premier cheval étant hors d’état, il lui faudra en racheter un nouveau ?

 

Il défend l’idée qu’il faut traiter la cavalerie légère avec un grand respect, pas comme ce qu’il s’est passé un temps aux Pays-Bas. On utilisait la cavalerie légère pour les mêmes usages que la cavalerie lourde, qu’il appelle « grave ». Par ailleurs, la plupart des nobles ne pouvant plus entretenir les chevaux lourds de ce type de cavalerie désertaient la lourde pour la légère, et la corrompaient d’une certaine façon.

 

Il prône une discipline très stricte, notamment pas de femme en campagne ! Parce qu’un trop « grand bagage » fait ralentir et retarder beaucoup le mouvement de la cavalerie.

 

« CHAP. VIII, De la qualité du soldat, de ses armes et cheval »

 

Il y a différentes sortes de cavalerie, avec chacune des usages particuliers à la guerre, donc différentes sortes de cavaliers, d’armes et de chevaux.

 

L’arquebusier, ou carabin, doit pouvoir rapidement mettre pied à terre, pour « passer par les buissons », pour surprendre et déloger des compagnies de chevaux ennemis. Son équipement est donc attaché par des étuis en cuir, près du corps, pour plus d’agilité. Un bon arquebusier est jeune et robuste, et doit allier dextérité et habileté. L’arquebusier doit avoir un bon cheval : « une bonne partie du service de la cavalerie consiste en la bonté du cheval, dont aussi il faut avoir grand soin ; c’est ainsi que le bon soldat, qui doit économiser sur ses repas et ses vêtements, en ayant une bonne monture, sera sauvé de bien des dangers, et pourra acquérir de l’honneur. »

 

La lance, « inventée pour percer et diviser un escadron, demande vélocité et force pour le choc. Elle doit avoir de meilleurs chevaux, qu’on dit de prix ». Autrefois, cette partie de la cavalerie était aux mains de la noblesse, parce qu’il est coûteux d’entretenir un bon cheval. Mais elle est maintenant tombée aux mains de gens « de petite qualité », donc on a perdu en qualité du cheval, mais aussi de l’armure. Le lancier aura une épée plus courte que les autres, avec un bout rond et tranchant. Il peut charger l’ennemi à cheval ; d’ailleurs, une tactique est de blesser le cheval adverse, comme le faisait le père de Basta, dès que les deux armées se mêlaient, et provoquaient ainsi de grands dommages dans les chevaux. La lance doit traverser le cou du cheval, ou l’oreille gauche du cheval, parce que le chevalier est trop bien protégé. On ne vise pas directement le front du cheval, ce n’est pas assez efficace, mais l’épaule gauche, qui le met à terre. Le propre de la lance c’est d’attaquer par le flanc gauche. Et s’il tombe de cheval, son pistolet l’aidera à se sortir de cette mauvaise passe, pour se frayer un chemin hors du champ de bataille.

 

Et pour la cavalerie lourde : la « cuirasse », forme de cavalerie inventée pour les grosses batailles, pour soutenir ou enfoncer un escadron ennemi, requiert une certaine solidité du corps du soldat et de la pesanteur. Il lui faut donc un cheval fort et pesant. Elle charge au trot, mais poursuit les fuyards au galop. La cuirasse est plus forte que la lance.

 

On pourra recruter un plus grand nombre de cuirasses que de lances, qui requièrent des chevaux « plus exquis et de plus grand prix » que les cuirasses, auxquelles les chevaux médiocres, qui se trouvent partout, suffisent.

 

En introduction du livre deux, Basta rapproche deux figures, qu’il juge « deux fameux guerriers de notre temps », « à savoir Henri IV, roi de France, et Alexandre Farnese duc de Parme ».

 

Ce livre second est consacré au logis de la cavalerie, qui doit prendre place au centre d’un village, pour ne pas être surpris par les ennemis. Le plus important, c’est de gagner du temps, et donc d’en avoir assez pour s’armer, monter à cheval et s’unir avec les autres sur le lieu de l’attaque.

 

Plus loin, George Basta raconte comment avec seulement 100 chevaux, et avec les seconds de ses lieutenants envoyés sur un autre front, il a pu faire face, repousser et mettre en complète déroute l’ennemi constitué de 400 piétons. Ils firent plus de 200 morts. Et il s’en étonne lui-même ! « Chose quasi incroyable, que si petit nombre de chevaux, de nuit, et en un lieu étroit, eussent pu faire si grande défaite ».

 

Les 3 sortes de rangs de batailles de la cavalerie légère, réprouvés par le Comte Basta

Les 3 sortes de rangs de batailles de la cavalerie légère, réprouvés par le Comte Basta

 

Les 3 sortes de rangs de batailles de la cavalerie légère, réprouvés par le Comte Basta : détail

 

La lance : pour être utile et d’effet pour percer un escadron, requiert 4 choses :

 

- Le cheval doit être très bon, parce qu’il faut attaquer et envahir la position ennemie avec force et violence
- La campagne, c’est-à-dire le terrain, doit être adapté
- Le soldat doit être très bien exercé au maniement de la lance
- Elle doit être répartie en petits escadrons, soit 25 ou 30 chevaux
 

L’intérêt de ces chevaux légers et de créer de la confusion parmi les ennemis, de se faufiler entre les soldats, de provoquer du désordre dans l’armée adverse.

 

La cuirasse, elle, se tient en gros escadron, comme un gros corps solide. Et plus il sera gros et uni, plus grands seront sa force et l’effet produit. C’est pourquoi elle doit attaquer au trot, pour ne pas se désunir, n’usant du galop que pour poursuivre les ennemis en fuite.

 

Les chevaux demandés pour ce corps d’armée sont médiocres, on ne leur demande que le trot, ou presque. Les hommes qui les montent n’ont pas besoin de grandes compétences pour porter la cuirasse, contrairement à l’exigence demandée aux chevaux et aux soldats dans la lance.

 

Différents duels à cheval


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Le deuxième ouvrage date de 1616 et se positionne clairement en réponse à l’ouvrage de George Basta. Son titre : Art militaire à cheval. Instruction des principes et fondements de la cavalerie, et de ses quatre espèces, à savoir lances, cuirasses, arquebuses et dragons, avec tout ce qui est de leur charge et exercice.

 

Instruction des principes

 

Johann Jacobi von Wallhausen (1580-1627), francisé en Jean-Jacques Wallhausen, est un soldat allemand qui apprend l’art militaire aux Pays-Bas. En 1599, il sert l’armée les Provinces-Unies lors de la guerre de Quatre-Vingts Ans et conseille le prince Maurice de Nassau qui fait appliquer les conceptions développées par Wallhausen dans son armée. En 1613, il rejoint la milice de la ville de Dantzig en tant que capitaine et gouverneur jusqu’en 1616 lorsqu’il est nommé par Jean VII, comte de Nassau-Siegen, à la tête de l’école militaire protestante de Siegen – la première en Europe. Cependant, en 1620, il est au service du prince électeur de Mayence, Johann Schweikhard von Kronberg, catholique et alors ennemi des Nassau.

 

Principalement connu aujourd’hui pour ces nombreux traités militaires, Wallhausen explique pourquoi la noblesse d’épée produit les meilleurs combattants à cheval. Comme de nombreux écrivains militaires du début du XVIIe siècle, il se montre réticent envers les armes à feu portatives, jugées indignes des gentilshommes. Il considère la cavalerie lourde comme l’élite de la cavalerie et la lance comme la plus efficace des armes offensives. Opposé aux idées développées par le général Basta, qui propose de remplacer la cavalerie d’armes par une cavalerie légère aux pistolets, Wallhausen préconise une cavalerie lourde et puissante qui attaque en double ligne afin de percer et neutraliser la formation adverse.

 

L’auteur reprend dans ce texte des paragraphes entiers du livre de Basta pour en critiquer la teneur. Quelquefois il est d’accord avec lui mais la plupart du temps, il s’oppose à ses conseils et donne les siens.

 

Nous avons tout d’abord affaire à une très belle page de titre, qui résume à elle seule le contenu de l’ouvrage. Commençons par le médaillon en haut de la page, dans lequel le personnage que nous voyons ressemble fortement à Henri IV et à son panache blanc.

 

Ensuite, vous pouvez voir les 4 sortes de cavalerie :


- En haut à gauche : les cuirasses
- En bas à gauche : les lances
- En haut à droite : les arquebusiers
- En bas à droite : les dragons

 

On a le second livre, divisé en 5 parties. La première partie concerne les 4 sortes de cavalerie étudiées. Les 4 sortes se répartissent en 2 espèces :


- Légère : arquebuses et dragons
- Grave, ou pesante : lances et cuirasses

 

C’est différent chez Basta ! Même si Wallhausen reconnaît que les lances, suivant la façon dont le cavalier est armé, peuvent aussi aller dans la cavalerie légère.
« Du lancier »

 

« La lance est bien la principale et plus noble partie de la cavalerie », pour deux raisons :


- Elle requiert plus d’exercice et d’adresse que les autres
- Elle requiert de meilleurs chevaux que les autres

 

On y voit régulièrement des phrases qui ponctuent ses avis, telles que : « Je suis grandement ébahi d’une conclusion si absurde et contraire ».

 

Les 4 sortes de la cavalerie : lance, cuirasse, arquebusier et dragon

 

« Des batailles ». « Pour faire quelque chose contre l’ennemi, est singulièrement requis que ta compagnie soit bien instruite : comment se comporter dans les escarmouches, et la batailles, comment charger, attaquer, percer, enfoncer et pousser à la retraite. Ces points importent non seulement à ton honneur, mais aussi ta vie et celle de tes soldats en dépendent ».

 

Ordre de marche (figure 40) / XL

 

L’auteur termine par un dialogue fictif entre deux hommes, dont l’un veut convaincre l’autre que l’ars militaria, surmonte tous les autres arts et sciences, tant libérales que mécaniques. A l’exception de la théologie.

 

L’art militaire engendre les plus grands honneurs. Requiert plus de peine. Se sert des arts mineurs pour progresser, par exemple la géométrie pour élever des fortifications. C’est donc l’art le plus complet.

 

Armement des cuirasses

 

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Terminons ce rapide tour d’horizon par un dernier ouvrage de la bibliothèque : Règles militaires du chevalier Melzo touchant la cavalerie. Publié à Anvers, en 1615. Traduit de l’italien par Paul Varroy.

 

Issu d’une grande famille milanaise, Frate Lodovico Melzo (1567-1617), dit le chevalier Melzo, est membre de l’Ordre de Saint-John de Jérusalem et est au service de l’Espagne lors de la Guerre de Quatre-Vingts ans. De la fin du XVIe siècle au début du XVIIe siècle, il prend part aux guerres de la monarchie espagnole contre les Provinces-Unies, soutenues par le royaume de France, et est même lieutenant général de la cavalerie espagnole lors de la Trêve de Douze Ans. Il est représentatif d’un soldat italien de son époque.

 

Alors en temps de paix, le chevalier utilise ce temps pour rassembler les règles qu’il a expérimentées, qu’il a observées ou qu’il a mises en application depuis des années dans un ouvrage dédié à la cavalerie : « Regole Militari sopra il Governo e Servitio della Cavalleria ». Il le publie en 1611 à Anvers et le dédie à son chef, l’archiduc Albert, alors souverain des Pays-Bas.

 

L’ouvrage, écrit initialement en italien, est traduit en français par Paul Varroy en 1615 à Anvers sous le titre de « Reigles militaires du chevalier Melzo touchant la cavallerie ». Il le dédie à Charles de Gonzague, alors colonel de la cavalerie légère de France et lieutenant général pour le roi en Champagne et en Brie.

 

Nous avons une très belle page de titre, également, dans cet ouvrage.

 

Chevalier Melzo

 

En haut au centre, on peut imaginer une représentation du Chevalier Melzo, équipé pour la bataille. Les 3 chevaux du frontispice sont représentés sous une forme assez massive ; on a bien l’image du destrier de guerre.

 

À gauche, voici Athéna, avec la tête de Méduse sur son bouclier. Le texte en latin sous la figure dit « De la blessure on devient plus fort ». A droite, Hercule, reconnaissable en un coup d’œil grâce à la peau du lion de Némée et à la massue. Le texte latin dit « Il aime les choses difficiles ».

 

On assiste aux mêmes répartitions que les deux autres ouvrages, il n’y a pas de grande originalité, notamment en commençant par le choix des officiers pour commander la cavalerie. Puisque, pour les 3 auteurs, le plus important reste d’avoir une bonne discipline.

 

« Du soldat à cheval »

 

D’abord, ce qui est commun à tous les soldats, qu’ils soient à pied ou à cheval : la santé du corps, la vigueur des membres ; l’âge (entre 20 et 40 ans) ; la volonté de faire ce métier, de bien l’apprendre, le désir de monter par ses mérites vers les belles charges, l’obéissance due aux chefs ; l’entière observation de la discipline militaire ; et surtout, dit l’auteur, « la crainte de Dieu, vrai niveau de toutes les actions humaines », qui apprend à fuir les vies, tels que la gourmandise et la luxure, « qui sont les deux pestes qui énervent les corps et avilissent l’esprit des plus courageux et hardis. »

 

Ce qui est requis pour le soldat à cheval : il n’a pas besoin d’être aussi robuste que le piéton, mais il doit être plus agile, plus adroit avec son corps, et avoir quelque adresse à cheval. Le propre de la cavalerie est d’aller affronter l’ennemi, et non de l’attendre. Le soldat à cheval doit être curieux, prendre plaisir à avoir un bon cheval, et à en prendre soin.

 

Tous les soldats de la cavalerie doivent porter une écharpe de la couleur du Prince qu’ils servent, sans jamais l’enlever. Pourquoi ? Parce que ça empêche certains de ces soldats d’avoir des comportements inappropriés en territoire ennemi, de peur d’être reconnus, et sur le champ de bataille, ça évite aux alliés de s’entretuer par mégarde.

 

Illustration arquebusier

 

L’auteur dit que même si les compagnies de lances et de cuirasses sont de plus grande qualité que celles des arquebusiers, il va traiter de ces dernières en premier, parce qu’elles sont toujours employées devant et plus souvent que les autres. « L’usage des arquebusiers fut inventé par les Français aux dernières guerres du Piémont, et les appelèrent Dragons. »

 

Illustration des lances

 

Les cuirasses ne doivent en aucune manière partir au galop, parce que l’effet en serait de les désordonner. Ici, comme chez Basta, les cuirasses peuvent combattre en tout lieu, en pays inégal, sur terre molle. Wallhausen était d’avis contraire à ce sujet.

 

« Le bagage ». On doit mener la cavalerie avec le moins de bagage possible, « en laissant aux garnisons le superflu avec les femmes, d’autant qu’à cause de ces deux empêchements, bien souvent il arrive que les soldats manquent à faire leur devoir ».

 

« De fourrager ». C’est une action de très grande importance et bien dangereuse. Il faut y aller au moins deux fois par semaine, mais l’ennemi s’efforce d’attaquer et d’endommager les escortes et les convois de chariots de fourrage. Ça peut provoquer la ruine de toute la cavalerie, de ne pas avoir de ravitaillement pour les chevaux. Et ainsi la ruine de toute une armée. Quand on va au fourrage, il faut un bon escadron d’infanterie et de cavalerie. Il ne faut pas aller au fourrage deux fois de suite au même lieu, pour ne pas tomber dans une éventuelle embuscade de l’ennemi.

 

Pendant le fourrage

 

Détail chevaux avec charrette

Ce qui est intéressant dans cet ouvrage, c’est le grand sens de l’adaptation qui semble être la meilleure qualité requise pour gouverner la cavalerie dans une armée. Melzo écrit constamment que c’est au caporal, ou au lieutenant de prendre ses décisions en fonction des éléments, de la valeur de ses gens et la qualité du terrain. Ainsi, il mettra toutes les chances de son côté pour gagner l’affrontement. Melzo essaye de balayer toutes les situations possibles, avec de nombreuses illustrations pour les appuyer : embuscades, charges, déploiements de troupes, logis, ou encore garnisons. On peut assez facilement dire que dans son approche et dans ses conseils, il se rapproche de Basta, notamment dans la notion de mérite qui permet à tout soldat de briguer des charges importantes par ses actions, et pas seulement par sa naissance.

 

En conclusion, le traité de Basta, le premier qui traite de la cavalerie légère en Europe, a fait des émules et provoqué des réactions, comme on a pu l’effleurer ci-dessus. Ce type de cavalerie est apparue récemment, ce qui peut expliquer les visions divergentes de ces soldats.

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