XIXe siècle
Les objets
Peinture
Henri IV égaré dans une forge
1806
La scène représentée sur cette petite toile est une variation sur le célèbre épisode de La Partie de chasse d'Henri IV, pièce de théâtre à succès du chansonnier Charles Collé au XVIIIe siècle qui montre Henri IV égaré s'invitant incognito chez des paysans. Il n'est toutefois pas question de forge ni de forgeron dans cette Partie de chasse. C'est Marius Granet qui a ainsi renouvelé et enrichi la légende henricienne, d'un épisode inédit... Cette peinture datant de 1806 s'inscrit dans le courant pictural qui amènera l'artiste à s'intéresser aux architectures intérieures et aux ruines. Le savant jeu d'ombres qui sculpte l'intérieur de la forge est nuancé par des taches de verdure et le carré de lumière émanant du toit vient opportunément éclairer les personnages, dont le roi, très reconnaissable à son profil et à son panache.
Peinture
Don Pedro de Tolède baisant l'épée d'Henri IV
1819
Jean-Auguste-Dominique Ingres a montré un intérêt constant pour l'histoire et la légende d'Henri IV : il releva ainsi quatorze sujets dans l'Histoire de Henri le Grand de Hardouin Beaumont de Péréfixe et d'autres ouvrages historiques. Le thème illustré par ce tableau est le suivant : l'ambassadeur d'Espagne, don Pedro de Tolède croisant un page qui portait l'épée d'Henri IV mit genoux à terre devant lui pour, selon ses propres mots, "baiser l'épée la plus glorieuse de la chrétienté". Bel hommage d'un homme et d'un pays dont les relations avec la France et son roi étaient pourtant difficiles ! Cette anecdote attira plus particulièrement l'attention du peintre puisqu'on connaît pas moins de quatre versions de cette scène, dont une de 1820 a été récemment acquise pour le Louvre d'Abou Dhabi. La première version, présentée au Salon de 1814, ayant disparu, celle de Pau est la plus ancienne aujourd'hui conservée. C'est aussi la plus proche de l'original. Elle fut donnée par Ingres à son ami le peintre Jean Alaux pour lequel il la réalisa en 1819.
Peinture
La Naissance de Henri IV
1827
Dans la nuit du 12 au 13 décembre 1553, naissait au château de Pau le futur Henri IV de France et de Navarre. Cet événement historique devait connaître une résonance lointaine, en 1827, lors du Salon où Eugène Devéria présenta une grande peinture intitulée La Naissance de Henri IV. Le peintre n’a que 22 ans. Son tableau fait sensation. Il est même le clou de l’exposition. Le Salon de 1827, où sont aussi présentés le Supplice de Mazeppa de Louis Boulanger et la Mort de Sardanapale d’Eugène Delacroix, marque alors une véritable rupture artistique : on parlera longtemps « d’Ecole de 1827 » et c'est Eugène Devéria qui apparait alors en chef de file de cette école. La présentation au Salon, un jalon essentiel dans une carrière artistique Organisé sous l’égide de la direction des Musées royaux, le Salon présente - au sein même du musée du Louvre jusqu’en 1849 - la production des "artistes vivants" et constitue un événement artistique très couru. Sous la Restauration, comme plus tard sous la Monarchie de Juillet, il est aussi l’occasion pour le souverain d’affirmer son rôle de mécène et de protecteur des arts dans la lignée de ses illustres prédécesseurs. Les oeuvres qui ont connu le succès au Salon sont acquises par l’Etat pour le musée du Luxembourg. Par contre, malheur à celles qui ont déplu ou fait scandale ! Eugène Devéria a déjà présenté des tableaux au Salon de 1824. Sans grand succès. En 1825 et 1826, cette manifestation n'a pas eu lieu. C’est dire l’importance du Salon de 1827 pour un artiste comme lui qui n’a pas d’autre possibilité de montrer ses œuvres, de se faire connaître… et de recevoir des commandes. Lorsque le Salon est inauguré le 4 novembre 1827, jour de la fête du roi Charles X, Eugène Devéria travaille encore à sa Naissance de Henri IV dans l’atelier qu’il partage depuis deux ans avec son condisciple Louis Boulanger. Malgré un travail ardent, le jeune peintre, tenaillé par la nécessité qui l’oblige à réaliser des travaux alimentaires, n’arrive pas à terminer son œuvre à temps. Heureusement, l’accrochage du Salon est modifié chaque mois. En décembre 1827, lors de la réouverture, le tableau enfin achevé est présenté à un public choisi. Il a été installé à la place d’honneur, au salon carré. La Naissance de Henri IV, œuvre monumentale, fait l’effet d’un coup de tonnerre. "Pour cette fois ce fut le succès le plus étonnant que l’on puisse imaginer !" notera-t-il des années plus tard dans son Journal. Les circonstances d’une création, entre politique et romantisme A l’origine du tableau, on trouve une nouvelle écrite par le frère de Victor Hugo, Abel. Les frères Hugo sont alors de fervents monarchistes. En 1820, des événements dramatiques marquent la dynastie restaurée, avec l’assassinat du duc de Berry, neveu de Louis XVIII, puis la naissance, quelques mois plus tard de son fils posthume, "l'enfant du miracle", prénommé Henri. Abel Hugo publie alors en novembre 1820 la nouvelle La Naissance de Henri IV dans sa revue Le conservateur Littéraire. Eugène Devéria, qui avec son frère Achille et son condisciple Louis Boulanger, fréquente assidûment la famille Hugo, a connaissance du texte et s’en inspire à son tour pour trouver le thème de son grand tableau. Le sujet consensuel, le traitement remarquable de la couleur, le trait juste, le pittoresque habile, la jeunesse même du peintre, tout concourt au succès éclatant du tableau en 1827. La reconnaissance officielle ne se fait pas trop attendre : en avril 1828, la peinture est achetée par le roi pour le musée du Luxembourg. Elle figure aujourd’hui encore au musée du Louvre. Le peintre en réalise lui-même la copie pour la ville de Pau. Eugène Devéria reçoit aussi plusieurs commandes officielles, mais il ne parviendra jamais à confirmer le succès de 1827. Eugène Devéria a toujours affirmé avoir peint son œuvre phare d’un seul jet, sans études ni esquisses préalables. Cette vision romantique de l’artiste créant à même la toile vierge, sous le coup de l’inspiration, est battue en brèche par l’existence de multiples dessins préparatoires au crayon ou à l’aquarelle, et d'esquisses de petit format, comme celle qui appartient aux collections du musée national. Si le groupe central apparaît quasi-inchangé, avec la figure tout de noir vêtue du grand-père brandissant triomphalement son petit-fils, et de Jeanne d’Albret et ses dames d’atours, les personnages assistant à la scène ont beaucoup évolué d’une version à l’autre.
Peinture
Autoportrait
Vers 1863
Si le peintre Eugène Devéria connut une carrière moins brillante que celle de son frère et maître Achille, il ne faut pas oublier ses débuts fulgurants : âgé de 22 ans à peine, il créa l'événement au Salon de 1827, avec La Naissance de Henri IV, tableau monumental, dont le succès fit de lui le chef de file, très éphémère, du mouvement romantique. L'histoire du peintre est étroitement liée à Pau, ce qui explique la présence de ce bel autoportrait dans les collections du Musée national. Son oeuvre-phare, La Naissance de Henri IV le rattache à l'histoire et à la légende du roi bourbon et de son château natal. Et la vie d'Eugène Devéria fut en grande partie paloise, puisqu'après bien des vicissitudes professionnelles et personnelles, accablé de graves soucis de santé, il vint en 1841 s'installer dans la capitale du Béarn avec sa famille. Il devait y rester jusqu'à sa mort en 1865. En Béarn, Eugène Devéria découvrit une active communauté protestante. Lui-même se convertit en 1843. A partir de cette date, son engagement religieux fut total, absolu et bouleversa sa vie et celle de son entourage, qu'il s'efforça de convertir. Le peintre s'impliqua tout aussi passionnément dans la vie protestante locale : assistance aux nombreux malades, prédication, enseignement dispensé aux enfants au sein de l'Ecole du Dimanche. Ursule Stupany, à qui le peintre fit don de cet autoportrait, était l'une de ses petites élèves. Née à Pau en 1844, d'une famille plus que modeste, elle fut, après la mort de son père en 1856, prise en charge par la communauté protestante paloise. Eugène Devéria avait une immense affection pour cette enfant qu'il finit par considérer comme sa propre fille, trouvant en elle une consolation de la mort prématurée de sa fille unique, Marie. A Pau, Eugène Devéria gagnait sa vie en donnant des cours de dessin et en réalisant les portraits des membres de la bonne société, en particulier des hivernants, anglais ou hollandais, qui venaient y passer la mauvaise saison. Surtout connu pour ses grandes compositions historiques, le peintre pratiqua donc assidûment l'art du portrait. Il réalisa aussi plusieurs autoportraits à différents âges de sa vie, se représentant même dans quelques-unes de ses peintures historiques. Cet autoportrait a été peint un an à peine avant sa mort. Le peintre est figuré de trois-quarts, l'air sévère fixant le spectateur, en tout point semblable à la description que fit de lui sa première biographe, la baronne Gallot : "il y avait dans sa physionomie quelque chose d'antique et d'inspiré [...] Là nous voyons Eugène Devéria, les cheveux courts comme un puritain, le front chauve, la barbe tout-à-fait blanche et longue comme celle du Moïse traditionnel. Devéria avait les yeux noirs, le regard vif et profond ; sa taille était très élevée ; tout en lui annonçait une grande force physique, une grande énergie morale. Ses manières étaient d'une distinction parfaite, sa pose majestueuse [...]." De sa jeunesse bohème, le sévère protestant gardera jusque dans sa vieillesse un goût pour les excentricités vestimentaires dont témoigne son habit de velours rouge à boutons dorés.