Le grand salon de réception

Découvrons l'une des plus belles salles du château, exceptionnelle par ses dimensions, par sa riche décoration où dominent toutes les nuances de rouge et par son histoire.

Du tinel médiéval au salon de réception

Vue d'ensemble du grand salon de réception
Devenue au XIXe siècle le grand salon de réception du château, cette salle était qualifiée de « tinel » à la fin du Moyen Age, terme désignant la pièce d'apparat où se tenaient les actes solennels de la vie seigneuriale. Lorsque les vicomtes de Béarn devinrent souverains de Navarre à la fin du XVe siècle, elle devint la salle du trône. Dans les années 1530, sous le règne d'Henri d'Albret et de Marguerite de Navarre, elle s'ouvrit largement côté sud pour permettre à la cour de profiter du paysage pyrénéen depuis un balcon construit à cet effet. De cette époque date aussi la monumentale cheminée sculptée, très reprise au XIXe siècle, mais qui conserve encore des éléments Renaissance en partie basse.

C'est certainement là que fut célébré le 6 mars 1554 le baptême du jeune prince de Navarre, futur Henri IV. Les murs de la salle furent tendus de tapisseries rapportées spécialement du château de Nérac. Le château fut éclairé à profusion : deux quintaux de cire furent achetés pour l'occasion. Et on commanda à un orfèvre des fonts baptismaux en vermeil. L'enfant fut baptisé dans la religion catholique, apostolique et romaine, reçut le nom d'Henri et les titres de prince de Viane et de duc de Beaumont.

Sous la Monarchie de Juillet, le cloisonnement de cette grande salle en deux parties inégales permit de créer un salon d'attente et un grand salon de réception.

 

 

Un décor somptueux

Comme dans le salon d'attente, un riche décor de six tapisseries de lisse s'insère dans des boiseries de chêne clair, sous un plafond à caissons de bois et stuc, décoré de H et M. Mais tout ici est plus somptueux : l'ensemble est rehaussé de dorures qui étincellent grâce à deux lustres monumentaux et douze bras de lumière. Couvertures de sièges en cuir dit de Cordoue, rideaux et lambrequins, tonalité des tapisseries des Mois Lucas, fonds de deux des vases étrusques de la Manufacture de Sèvres... c'est le triomphe du rouge et de l'or.

 

 

Pour le décor de ce salon, tapisseries, meubles et objets d'art sont quasiment tous arrivés au château de Pau vers 1842. Seules exceptions notables, les œuvres placées sur la cheminée : le cartel (entrée de 1848) et les deux vases-cages, (entrée de 1853). Chaises et fauteuils sont identiques à ceux du salon d'attente et ont pareillement été livrés par Janselme, ébéniste de la couronne. Leur couverture de velours qu'avait exécutée le tapissier Munier, fut remplacée sous le Second Empire par du cuir rouge doré et gaufré, dit cuir de Cordoue. Le mobilier est complété par une table centrale octogonale et quatre consoles de chêne, le tout estampillé Louis-Alexandre Bellangé, ébéniste et fournisseur de la couronne de 1832 à 1843. Récemment restaurée par l'atelier Albéza, la table a retrouvé sa place dans le salon au début du mois de mars 2020.

 

 

 

 

Objets d'art : hommage à Henri IV


Le salon de réception - la sculpture d'Henri IV enfant par Bosio

 

 

 

Les quatre œuvres posées sur les consoles ont été envoyées à Pau au XIXe siècle en raison de leur thème : l'histoire et la légende d'Henri IV. La statue en bronze de François-Joseph Bosio, sculpteur du roi Louis XVIII, représente ainsi le futur Henri IV enfant. Inspirée d'un portrait du prince de Navarre par François Busnel, cette sculpture eut un immense succès à partir de la présentation de son modèle en plâtre par Bosio au salon de 1822. Le sculpteur en exécuta plusieurs versions, en marbre, en argent et à partir de 1828, en fit tirer des épreuves en bronze, diffusant cette image à la fois charmante et digne d'un Henri IV à l'aube de son exceptionnelle destinée.

 

 

 

Grand vase de forme étrusque représentant l'inauguration de l'installation de la statue d'Henri IV sur le Pont neuf en 1818
Détail grand vase de forme étrusque représentant la foule remplaçant les boeufs tirant la statue d'Henri IV pour installation sur le Pont neuf en 1818
Les trois grands vases en porcelaine de Sèvres datent respectivement de 1815 (vase à fond vert) et 1818-1819 (vases à fond rouge). Dans le cartouche du premier, le peintre sur porcelaine Abraham Constantin a reproduit un portrait en pied d'Henri IV en habit noir exécuté en 1610 à la cour de France par le peintre Franz Pourbus le jeune. La commande initiale faite à la Manufacture de Sèvres prévoyait un portrait de l'impératrice Marie-Louise, épouse de Napoléon Ier. Le vase était prêt à être peint au printemps 1814... En cette période troublée, une solution diplomatique fut trouvée : représenter une figure incontestée de l'histoire nationale, Henri IV. Les deux grands vases à fond rouge et anses en bronze doré en forme de dauphins sont ornés de scènes de l'installation de la statue équestre d'Henri IV sur le Pont Neuf à Paris. Remarquables de vie et de détails, elles sont l'oeuvre de Jean-Charles Develly qui s'illustra comme peintre sur porcelaine à la Manufacture de Sèvres à partir de 1813. La première représente le moment où les parisiens enthousiastes prennent la place des bœufs qui tiraient la charrette amenant la statue équestre d'Henri IV du sculpteur François-Frédéric Lemot au Pont Neuf. La seconde montre l'inauguration de la statue en présence du roi Louis XVIII et de tous les officiels.

 

 

 

Salon de réception, cartel et vases-cages, Château de Pau

 

 

 

Plus surprenants dans ce décor, les deux vases-cages qui, sur la cheminée, encadrent un grand cartel de style Boulle datant de la fin du règne de Louis XIV et signé Champion horloger à Paris. Ces vases, très rares, sont une production japonaise du début du XVIIIe siècle : autour d'un cornet en porcelaine d'Arita, alternant motifs bleus sur fond blanc et placage de feuilles d'or, une cage à oiseaux en laiton et carton mâché emprisonne deux oiseaux de porcelaine. Chaque vase était originellement doté de deux anses en forme de tête d'éléphant, aujourd'hui disparues. Ils font partie d'un lot de trois vases envoyés à Pau en 1853, le troisième étant présenté dans la chambre de l'Impératrice. Ils ont appartenu aux collections du prince Louis-Henri de Bourbon-Condé (1692-1740) avant de rejoindre les collections nationales sous la Révolution.

 

 

 

 

 

 

Des lustres néo-gothiques dans un décor Renaissance


Lustre du salon de réception
Lustre - Dragon et serpent

 

Les deux lustres monumentaux de bronze doré, émail et verre teinté, sont, comme celui du salon d'attente, une commande passée aux bronziers parisiens, Gilbert-Honoré Chaumont et Louis-Auguste Marquis, pour la salle des croisades du château de Versailles. Le roi Louis-Philippe avait en effet décidé de créer à Versailles un musée d'histoire dédié à toutes les Gloires de la France, qu'il inaugura officiellement le 10 juin 1837. D'emblée furent prévues des salles consacrées aux croisades, le roi caressant ainsi l'espoir de se concilier une noblesse légitimiste qui le boudait. Ces salles des Croisades ouvrirent au public en 1843 et les deux lustres à trente-trois lumières y furent installés jusqu'en 1845. Cette année-là, le système d'éclairage fut modernisé et remplacé par des bras de lumières de style néo-gothique livrés par Marquis.
 

 

 

Blason Alphonse de Poitiers

C'est alors que les deux lustres furent envoyés à Pau où ils arrivèrent en 1846. Ils sont ornés de blasons de chevaliers ayant participé aux croisades. A l'ouest (vers la cheminée) : Alphonse de Poitiers, frère du roi de France saint Louis ; Thibaut de Champagne, comte trouvère qui participa à la croisade des albigeois ; Foulques de Villaret, grand maître des chevaliers de Saint Jean de Jérusalem qui installa l'ordre sur l'ile de Rhodes au XIVe siècle. A l'est (vers la statue d'Henri IV enfant) :Villiers de l'Isle Adam, grand maître des chevaliers de Rhodes qui, vaincu par Soliman le Magnifique en 1530 après une résistance héroïque, put quitter l'ile avec ses chevaliers ; le roi de France Philippe Auguste ; Archambaud de Bourbon. Sur les dix bras de lumière à décor gothique assortis aux lustres (motif de chardon) figurent les blasons du Béarn et de la Navarre.

 


Les Mois Lucas ou les travaux et les jours

Les tapisseries du salon de réception présentent une belle unité. Contrairement à la plupart des autres salles du château, elles appartiennent à un même ensemble, celui des Douze Mois, plus connu sous la dénomination de Mois Lucas. La tenture des Mois Lucas tire son nom du créateur supposé de la tenture originale, exécutée à Bruxelles au XVIe siècle, le flamand Lucas de Leyde. Des recherches récentes tendent toutefois à attribuer cette paternité à un autre artiste resté anonyme, dit le Maître des Mois Lucas, un artiste de l’entourage de Barend Van Orley, le créateur des modèles des Chasses de Maximilien. La tenture des Mois Lucas, en douze pièces, s’organise autour des mois de l’année. Chaque mois est symbolisé par le signe du zodiaque placé en médaillon dans la bordure supérieure et illustré par des scènes de genre, en rapport avec le rang des personnages et la saison représentés. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la Manufacture royale des Gobelins ne produisit pas moins de douze tentures d’après les Mois originaux qui appartenaient aux collections royales. Ces scènes flamandes jouissaient d'un grand succès auprès de l’aristocratie. Dans le grand salon de réception sont présentées trois pièces appartenant à la deuxième tenture qui fut tissée en 1688-1689 pour le roi Louis XIV et les trois pièces de la sixième tenture (années 1730), destinée à sa fille, la princesse de Conti dont on peut voir les armoiries sur la grande tapisserie du mois de Mai. Y sont représentées les nobles occupations de seigneurs et belles dames, concert champêtre, tir à l'arc, chasse au faucon ainsi que celles des paysans, jardinage et pêche, tonte des moutons, vendanges. Ces divertissements princiers et leurs pendants populaires renvoient à l'évocation d'une vie quotidienne idéalisée du temps des rois de Navarre.

Les tons rouges prédominants dans les vêtements des personnages représentés sont repris et amplifiés par la couleur vive des rideaux et lambrequins. Dans les années 1950, les rideaux de faille de soie ont été entièrement refaits à neuf. Les lambrequins quant à eux furent taillés dans un précieux damas de soie à motif de feuilles de vignes. Commandé en 1804 au fabricant de soie lyonnais Camille Pernon par le Mobilier impérial, ce tissu était destiné à tendre le trône du pape Pie VII au palais des Tuileries (pavillon de Flore). Envoyé à Pau en 1842, il fut utilisé pour confectionner rideaux, lambrequins et couvertures de sièges dans la chambre dite de l'empereur, puis dépecé et réutilisé pour la confection de ces lambrequins dans les années 1950.