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La Noctule commune, l'acrobate du ciel palois

La plus imposante des chauves-souris forestières niche dans les arbres creux du château

Chaque soir, à la tombée de la nuit, une silhouette fuse au-dessus du parc boisé du domaine national du Château de Pau : ailes longues et étroites, vol puissant et rectiligne à une dizaine de mètres de haut. C'est la Noctule commune, l'une des plus grandes chauves-souris de France, et elle loge dans les vieux arbres creux du parc.
 
Un mammifère volant hors du commun

La Noctule commune (Nyctalus noctula) est une chauve-souris de grande taille : jusqu'à 9 cm de corps pour une envergure pouvant dépasser 40 cm, et un poids de 17 à 45 grammes. Son pelage court et dense, d'un brun-roux chaud aux reflets dorés sur le dos, lui donne un aspect presque luxueux. Ses oreilles larges aux extrémités arrondies et son museau court lui confèrent un profil immédiatement reconnaissable. Ce qui frappe chez la Noctule, c'est sa vitesse. Ses ailes longues et effilées lui permettent un vol puissant et rectiligne, pouvant atteindre 50 à 60 km/h. Elle chasse haut dans le ciel, entre 10 et 40 mètres d'altitude en pourchassant des insectes volants de grande taille : hannetons, coléoptères, papillons nocturnes. Une seule noctule peut consommer plusieurs centaines d'insectes par nuit.

 
Une voyageuse au long cours

La Noctule commune est l'une des rares chauves-souris véritablement migratrices d'Europe. À la fin de l'été, une grande partie des femelles s'envolent vers l'est et le nord de l'Europe pour mettre bas, puis reviennent passer l'hiver dans nos régions. Des individus ont été suivis sur plus de 1 500 kilomètres. En hiver, les noctules s'installent dans des cavités arboricoles profondes où elles hibernent, parfois en colonies. Le reste de l'année, ces chauves-souris sont étroitement liées aux vieux arbres. À la différence d'autres espèces qui colonisent greniers et caves, la Noctule est une chauve-souris forestière : elle recherche les cavités naturelles des arbres anciens, notamment les anciennes loges de pics, pour y établir ses colonies de mise bas ou ses dortoirs d'été.

 
Une espèce protégée, mais fragile

Comme toutes les chauves-souris en France, la Noctule commune bénéficie d'une protection légale intégrale : il est interdit de la capturer, de la déranger ou de détruire ses gîtes. Elle est également inscrite à l'annexe IV de la Directive Habitats et classée « quasi-menacée » par l'UICN en France.

Ses principales menaces sont la disparition des vieux arbres à cavités lors des opérations d'entretien forestier, l'usage des pesticides qui réduisent ses proies, la pollution lumineuse qui perturbe ses sorties nocturnes, et le développement des éoliennes.

 
Sur le site du domaine national du Château de Pau

La Noctule commune a été identifiée lors des inventaires acoustiques de l'automne 2025 et un gîte avéré a été localisé dans le parc boisé. Cela signifie qu'une colonie utilise les cavités d'un ou plusieurs vieux arbres du domaine comme lieu de repos, voire de reproduction. C'est une découverte remarquable pour un parc urbain.

Ces résultats ont été obtenus grâce à deux sessions d'écoute réalisées les 30 septembre et 7 octobre 2025, combinant écoute passive (enregistrement automatique) et active (détection manuelle). Au total, six espèces de chauves-souris différentes ont été détectées sur le site lors de ces deux nuits.

Pour aller plus loin, un appel à projets a été déposé pour 2026 afin de compléter ces inventaires. Des techniques de radiopistage seront utilisées pour localiser précisément les gîtes des noctules en équipant quelques individus de minuscules émetteurs radio, les naturalistes pourront suivre leur trajet nocturne et identifier les arbres utilisés. Ces données seront précieuses pour orienter la gestion du parc et préserver les arbres-refuges.

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