La salle des Officiers de service

Du cellier à la salle à manger


Vue d'ensemble de la salle des Officiers de service, Château de Pau

 

 

Cette salle était certainement l’ancien cellier du château. Voûtée d’ogives au XVIe siècle, éclairée seulement par une petite fenêtre, on n’y accédait que de la cour d’honneur, par une porte en arc brisé sans décoration. Les travaux de la Monarchie de Juillet ont transformé cette pièce pour en faire une petite salle à manger, dite des officiers de service. Le percement d’une porte vers la grande salle à manger entraîna alors la destruction d’une cheminée ; l’arcade reliant côté ouest le cellier à la fournière voûtée fut diminuée et ornée d’un décor sculpté, de même que la nouvelle porte ; deux portes-fenêtres furent ouvertes pour relier la salle à la terrasse du rez-de-chaussée, au-delà du passage des lisses.

 

 

 

 

 

 

 

Chaise estampillée Jacob-Desmalter, salle des Officiers de service, Château de Pau

 

Comme la grande salle à manger, cette pièce fut dotée d’une table sur tréteaux. De dimensions plus réduites, elle fut envoyée à Pau en 1848, six ans après la grande table aux cent couverts. Les précieuses chaises en acajou qui complètent le mobilier furent prélevées pour le meublement du château de Pau dans les richesses du Garde-meuble de la couronne. Elles avaient été commandées par Napoléon Ier pour le Conseil d’État et portent l’estampille du célèbre ébéniste Jacob-Desmalter.

 

 

 

 

 

 

Henri IV et Sully en carton-pierre

 

Statue de carton pierre, Henri IV, salle des Officiers de service, Château de Pau

 

 

 

De part et d’autre de la porte ouvrant sur la grande salle à manger furent placées deux statues d’Henri IV et de son principal ministre, Sully. Ces grandes sculptures de presque deux mètres de haut ont été envoyées en 1842 pour orner le palais de Pau, alors en pleine rénovation. Leur originalité ne réside pas tant dans la représentation somme toute assez traditionnelle, du « couple » formé par le roi et son ministre des finances, que dans le choix de la technique et du matériau utilisés pour les réaliser.
Il s'agit en effet de statues fabriquées en carton-pierre. Le carton-pierre est un mélange à base de carbonate de calcium et de colle animale, renforcé par de la toile de coton elle-même imbibée de colle. Le tout est ensuite recouvert d'une patine imitant le bronze à la perfection.
Le carton-pierre permettait ainsi de réaliser des ouvrages beaucoup moins onéreux que le bronze et plus légers que des épreuves en plâtre. Son usage était très répandu dans la seconde moitié du XIXe siècle, en particulier sous le Second Empire pour les ornements et la décoration d’intérieur. Il en existe toutefois peu d’exemples de ce format, de cette qualité et d’une date aussi ancienne. Ces deux statues en carton-pierre constituent un exemple précieux pour l’histoire de cette technique. Il se trouve ainsi au palais de Buckingham un Henri IV de même facture - sans Sully en pendant. L’entrée de cette statue de carton-pierre dans les collections royales anglaise eut lieu en 1825. Traditionnellement datées du début du règne de Louis-Philippe, les deux statues en carton-pierre du château de Pau pourraient donc remonter au début du règne de son prédécesseur, Charles X.

 

 

 

 

Le vase de Bordeaux

 


Grand vase de Bordeaux, réalisation Manufacture de Sèvres (1886), salle des Officiers de service, Château de Pau

 


 

 

Autre bel élément du décor : un grand vase en porcelaine dure d’une hauteur de 1,40 m. Ce vase de première grandeur fut réalisé à la Manufacture de Sèvres entre 1886 (date de fabrication) et 1889 (date du décor).
C’est par décision du ministre de l’Instruction publique, des Beaux-Arts et des Cultes qu’il fut affecté au palais national de Pau, le 14 février 1894. Cet envoi faisait suite au séjour effectué à Pau trois ans plus tôt, les 21 et 22 mai 1891, par le président de la République, Sadi Carnot, même si le vase n’arriva que peu de temps avant l’assassinat du chef de l’État par l’anarchiste Casério (25 juin 1894).
Initialement destiné à orner l’un des salons du premier étage sud, il trouva place dès la fin 1894 dans cette salle voûtée du rez-de-chaussée où il se trouve toujours. C’est l’architecte du château qui conçut son socle monumental en chêne.
L’élégant décor japonisant de clématites et oiseaux sur fond blanc est l’œuvre du peintre sur porcelaine Maximilien-Ferdinand Mérigot, qui œuvra à Sèvres entre 1844 et 1892 et réalisa plusieurs décors de même style.
Si la présence d’un tel objet peut surprendre dans le décor néo-Renaissance hérité de la Monarchie de Juillet, elle témoigne bien de la fonction de palais national qui fut aussi celle du château de Pau, comme de l’intérêt porté par la République à ce haut lieu de la mémoire nationale.

 

 

 

 

 

 

 

Le séjour du président de la république Sadi Carnot au Château de Pau


Le président Sadi Carnot, Bibliothèque nationale de France, département Estampes et photographie, FOL-LI-59

 

 

Le président Sadi Carnot qui devait périr tragiquement en 1894, passa deux jours à Pau lors d’un voyage qui, en mai 1891, le mena de la Haute-Vienne aux Landes. Dans la capitale béarnaise où il arriva le 21 mai, il fut logé au château, alors palais national. Il dormit dans la chambre dite de Jeanne d’Albret, alors que le général Brugère qui l’accompagnait reçut celle dite d’Henri IV où, dit-on, on lui installa le lit d’Abd-el-Kader. A Pau, le président reçut les représentants des corps constitués ainsi qu’une délégation de la reine d’Espagne, il visita les établissements de charité, remit plusieurs médailles et on lui fit les honneurs d’une exposition horticole. Au château, le soir venu, il offrit un banquet de 72 couverts, tandis que la cour d’honneur était parée de projections lumineuses très admirées. Le lendemain matin, avant son départ pour Bayonne, il visita au château l’exposition rétrospective sous la conduite les membres du comité d’organisation.

Cette exposition rétrospective se tint du 14 avril au 18 mai 1891. Elle avait pour vocation de présenter les richesses d’art décoratif présentes non seulement dans les collections du palais national mais aussi dans les grandes familles béarnaises. Plus de deux mille cinq cents objets étaient présentés dans les différents étages du château. Le président du comité d’organisation, le baron Séguier, put s’enorgueillir du succès de cette manifestation : 18 000 visiteurs se pressèrent pour la découvrir. Les recettes furent remises à des œuvres de charité. Une partie de l’exposition dut  être démontée pour l’accueil du président Carnot qui put toutefois en admirer les salles du premier étage.