Couloir et salon Bernadotte

Situées au premier étage du château, accessibles depuis le grand escalier d'honneur, ces deux salles ont été ré-ouvertes au public en décembre 2018, après presque dix années de fermeture. Elles ont fait l'objet d'importants travaux structurels (traitement des voûtes, des murs, des boiseries, rénovation des installations électriques) et d'amélioration du confort des collections, comme des visiteurs : installation de chauffage, pose de volets intérieurs, pose de molleton et de tissu non feu sur les murs, etc.

Origine et usages successifs

L'histoire de ces deux salles s'inscrit dans celle du vaste chantier mené au château de Pau sous la Monarchie de Juillet. Elle est en rapport direct avec la réalisation de la chapelle consacrée en août 1843 : il s'agit alors de créer un passage permettant aux souverains d'accéder directement à la tribune de la chapelle depuis les grands appartements royaux du premier étage sud. On construit donc l'actuel couloir qui relie le palier de l'escalier d'honneur au grand donjon de briques. Et on aménage au coeur de cette tour médiévale une belle salle destinée à servir de vestibule à la tribune. Sous le Second Empire, le salon devient d'abord fumoir et salle de jeux pour les officiers impériaux. Puis, à partir de 1863, couloir et salon accueillent la bibliothèque du château. À la fin du XIXe siècle, nouveau changement. Les salles sont transformées en « salons d'exposition de tapisseries d'art » et désormais ouvertes à un public choisi. De cette époque datent les encadrements en chêne et panneaux de bois, toujours en place aujourd’hui et servant à placer les tapisseries. En 1953, à l'occasion des grandes commémorations organisées à Pau pour le 4ème centenaire de la naissance d'Henri IV, le couloir et le salon Bernadotte retrouvent le décor qui était le leur à la fin de la Monarchie de Juillet. Ce décor, entièrement démonté en 2010, a été restauré avant sa réinstallation en 2018.

Pourquoi Bernadotte ?

Karl XIV Johan





D'abord simplement qualifiée de « salon de la tour » et de « salon d’attente », la pièce aménagée au cœur du donjon Fébus devient dès 1840 le « salon du roi de Suède », puis le « salon Bernadotte ». Elle  tire cette appellation de la présence d'objets en porphyre qui y sont présentés dès les années 1840. Ces objets ont été envoyés à Pau, en juin 1840, par le roi Charles XIV Jean, roi de Suède : ayant appris les restaurations menées par Louis-Philippe dans le château, le souverain suédois a souhaité s'y associer par l'envoi de ces somptueux cadeaux diplomatiques. Or Charles XIV Jean, roi de Suède et de Norvège, n'est autre que Jean-Baptiste Bernadotte. Né à Pau en 1763, Bernadotte connut un exceptionnel destin, de simple soldat à maréchal d'empire... et roi en 1818. L'envoi de ces présents prouve qu'il n'avait pas oublié sa ville natale.

 

 

 

 

 

Le décor des couloir et salon Bernadotte

 

 

C'est à partir de 1842 que mobilier et objets d'art arrivent à Pau pour ces deux salles. Si le décor du couloir est plutôt sobre dans un premier temps, celui du salon, initialement réservé aux souverains, est somptueux : dès septembre 1842, huit pièces de tapisserie sont envoyées de Paris : deux portières de Mars, quatre portières du Char de triomphe, deux entrefenêtres des Termes. Ce superbe ensemble est complété en 1846 par un nouvel envoi de trois fragments d'entrefenêtres des Termes, utilisés comme dessus-de-portes et dessus-de-cheminée. Ces tapisseries de lisse sont des productions de la Manufacture royale des Gobelins. Elles datent de la fin du XVIIe siècle ou du début du XVIIIe et ont été tissées d'après des modèles du peintre Charles Le Brun, tout à la gloire de Louis XIV.

 

 

 

 

 


Le passage et le salon qu'il dessert se doivent d'être bien éclairés. C'est le cas en 1843 où sont installés dans le couloir un « lampadaire en bronze vert antique », et dans le salon un grand lustre en bronze doré à six branches, à décor de palmettes et huit bras de lumières assortis. Ces luminaires sont pourvus de lampes à modérateur, système alors à la pointe du progrès. En 1846, la fenêtre du couloir donnant sur la cour est dotée d'un vitrail du XVIIe siècle, en grisaille avec encadrement en chêne et armature de verre fleurdelysée. Sur ce vitrail du XVIIe siècle, figure une représentation d'Henri IV à cheval sur fond de bataille.

Au milieu du XIXe siècle, le mobilier du salon est constitué de dix-huit fauteuils en chêne sculpté, six chaises assorties et deux tables, l'une ronde, l'autre rectangulaire, toutes deux à dessus de porphyre. Deux grands vases Médicis de porphyre rouge, une haute cheminée de porphyre vert supportant deux vases Jasmin en porcelaine de Sèvres couleur bleu lapis et une pendule en forme d'urne. A la fenêtre, des rideaux et un lambrequin de damas vert complétaient le décor. Tous les objets de porphyre sont des cadeaux du roi de Suède. Un décor très chargé ! Quelques années plus tard, les vases monumentaux sont placés au pied du château, devant la façade ouest, avant d'être mis à l'abri sur deux paliers de l'escalier d'honneur au début du XXIe siècle.

 

 

 

 

 

 

Tenture de l'Histoire d'Henri IV - Henri IV devant Paris assiégée

 

 

En 1855, le décor du couloir Bernadotte change radicalement : les murs sont tendus d'une tapisserie à fleurs de lys sur fond bleu, dite chancellerie de Beauvais, avec rideaux et lambrequins assortis.
Cinq petites pièces de tapisseries y sont présentées comme des tableaux. Elles appartiennent toutes à la tenture de l'Histoire d'Henri IV, tenture en six pièces, tissée à la Manufacture des Gobelins, de la fin du XVIIIe siècle jusqu'aux premières années du XIXe, d'après des modèles du peintre François-André Vincent. Les scènes représentées s'inspirent de la vie et de la légende d'Henri IV.

 

 

Ce décor a été presque intégralement restitué en 2018.