La vieille raconte l’histoire de Psyché à la jeune captive - Tenture de L’Histoire de Psyché

La vieille raconte l’histoire de Psyché à la jeune captive - Tenture de L’Histoire de Psyché

La vieille raconte l’histoire de Psyché à la jeune captive - Tenture de L’Histoire de Psyché

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Matière et technique: 
Laine, soie, or et argent
Origine et date: 
Paris, manufacture du faubourg Saint-Germain, deuxième moitié du XVIIe s., avant 1667
Artiste(s): 
1502
1550

Dimensions :

3,05
3 m

A l’origine de la tenture de L’Histoire de Psyché

La mythologie regorge d’histoires aux multiples péripéties qui inspirèrent littérateurs et artistes, et celle des amours de Psyché et Cupidon ne fit pas exception, d’autant plus que cette histoire peut s’interpréter comme une allégorie de l’union de l’âme humaine (Psyché en grec) et du divin. Cette histoire fut transmise par le roman L’Ane d’or d’Apulée et connut une extraordinaire fortune iconographique.

Au IIe siècle après J.C., Apulée, écrivain latin originaire de Madaure (actuelle Algérie), a inséré l’histoire de Psyché dans son roman L’Ane d’or ou Les Métamorphoses. Cet ouvrage raconte l’histoire du jeune aristocrate Lucius, transformé par erreur en âne par sa maîtresse, férue de magie. Avant de retrouver figure humaine, le héros du roman connaîtra bien des mésaventures. Capturé par des brigands, Lucius, sous la forme d’un âne, écoute l’histoire de Psyché qu’une vieille femme conte à une jeune captive désespérée d’avoir été enlevée par les bandits la veille de son mariage. Il s’agit donc d’une histoire dans l’histoire…

Psyché est une humaine à la beauté si grande que les hommes en viennent à délaisser les autels de Vénus. Furieuse, la déesse envoie son fils Cupidon punir Psyché. D’une de ses flèches, il doit enflammer le cœur de la jeune fille pour un être laid et vil. Mais Cupidon tombe lui-même éperdument amoureux de la belle Psyché. En cachette de sa mère, il fait en sorte que le doux vent Zéphyr l’amène en son palais où des serviteurs et musiciens invisibles exaucent ses moindres désirs. Elle croit qu’il s’agit de la demeure d’un monstre qu’un oracle lui a ordonné d’épouser. Ce monstre, c’est en fait Cupidon, qui vient lui rendre visite chaque soir à la nuit tombée. Psyché est séduite par celui qui se montre un époux prévenant et généreux, même si elle ignore son apparence car il lui a interdit d’essayer de le voir. Mais, sur les mauvais conseils de ses sœurs jalouses, Psyché va découvrir le visage de son époux endormi, le dieu de l’Amour à la lueur d’une lampe à huile. Une goutte d’huile brulante réveille Cupidon qui s’enfuit blessé pour trouver refuge auprès de Vénus. Cette dernière furieuse impose alors à Psyché des épreuves toujours plus difficiles dont elle triomphera avant de pouvoir enfin rejoindre Cupidon parmi les dieux de l’Olympe, accédant ainsi à l’immortalité.

Dans l’Italie de la Renaissance, le roman d’Apulée est redécouvert et le conte de Psyché qu’il renferme va acquérir une vie autonome. De grands cycles peints, à l’immense retentissement, contribuent dès les premières années du XVIe siècle à en diffuser l’histoire et l’iconographie, celui de Raphaël dans la villa Farnésine à Rome (1518), de Giulio Romano au palais du Té à Mantoue (1526-1528). Ils vont constituer un véritable répertoire iconographique qui inspirera durablement tous les domaines artistiques jusqu’à la tapisserie.

Une histoire tissée d’or : la tenture de L’histoire de Psyché

Ainsi, une somptueuse tenture de tapisserie de la Fable de Psyché fut acquise par François Ier vers 1540. Cet ensemble exceptionnel de vingt-six pièces à fils d’or – les pièces mises bout à bout atteignaient 130 mètres de long - fut malheureusement brûlé en 1797 pour en récupérer le métal précieux. Les modèles de cette tenture initiale furent longtemps attribués au peintre Raphaël, ce qui en augmenta encore la renommée au XVIe siècle et sont aujourd’hui donnés au flamand Pieter Coecke Van Aelst (1502-1550).

Si la tenture originale a disparu, une soixantaine de pièces de tapisserie copiées sur celles de François 1er nous sont parvenues. Elles constituent autant de témoignages de l’influence de cet ensemble fameux ainsi que du goût persistant pour un sujet tout à la fois philosophique et merveilleux.

En 1661, les ateliers du faubourg Saint-Germain (ateliers de La Planche) avaient sur les métiers plusieurs tentures de L’Histoire de Psyché. Lors de la liquidation de ces ateliers parisiens, les tapisseries furent livrées à la couronne. En 1667, entrèrent dans les collections du roi deux tentures à or de L’Histoire de Psyché qui reçurent les numéros 47 et 48 de l’inventaire royal. Ces tentures présentaient un nombre de pièces plus limité que celle de François Ier : six seulement, identiques pour les deux tentures. Dès 1668, elles ornèrent l’appartement de la reine à Versailles. Plus tard, la première fut envoyée à Marly et la seconde à Fontainebleau.

Ayant fort heureusement échappé aux destructions révolutionnaires, ces deux tentures furent confiées au Garde-Meuble et choisies, sous le Second Empire, pour décorer deux palais impériaux, Fontainebleau et Pau, où la seconde fut expédiée en 1854. Elle était destinée à orner les murs d’une chambre du deuxième étage Sud, où elle remplaça une tenture d’époque Louis XV. La chambre étant de dimensions modestes, l’une des pièces, Zéphyr amenant les sœurs de Psyché, ne put être accrochée avec les autres et fit retour à Paris en 1896. Déposée par le Mobilier national depuis quelques années, cette pièce peut être admirée avec quatre autres de la tenture dans la salle Saint-Jean : La vieille raconte l’histoire de Psyché à la jeune captive ; Psyché portée sur la montagne ; Le repas de Psyché dans le palais de l’Amour ; Zéphyr amenant les sœurs de Psyché ; Psyché implorant Cérès. La pièce La toilette de Psyché est actuellement en réserve.