Carapace de tortue, berceau légendaire d'Henri IV

Carapace de tortue, berceau légendaire d'Henri IV

Carapace de tortue, berceau légendaire d'Henri IV

Matière et technique: 
Décor : bois doré, velours, taffetas et soie, fils métalliques, plumes d'autruche
Origine et date: 
Décor 1822
Artiste(s): 
1780
Paris
1860
Paris

Dimensions :

235 cm
135 cm
67 cm

La carapace de tortue, berceau légendaire d'Henri IV, est l'objet emblématique des collections du Musée national. C'est autour de lui et de sa conservation dans le lieu de naissance d'Henri de Navarre que furent pensées les restaurations du château menées sous Louis-Philippe. C'est lui que des milliers de visiteurs vinrent vénérer au XIXe siècle. C’est lui qui, aujourd'hui encore, suscite curiosité, étonnement, admiration... ou amusement.

Posons d'abord quelques jalons historiques. En 1561-1562, la présence d'une carapace de tortue est attestée au château de Pau dans le trésor des rois de Navarre. Deux siècles plus tard, en 1776, un ouvrage cite comme une évidence qu'une carapace de tortue conservée dans ce palais a servi de berceau au futur Henri IV. Le 14 juillet 1790, la carapace-berceau tient une place éminente lors des  fêtes révolutionnaires de la Fédération. Le 1er mai 1793, une carapace de tortue est brûlée en place publique à Pau, sur ordre de représentants du comité de Salut public. En 1814, la carapace-berceau, miraculeusement préservée pendant toute la période Révolution-Empire, est solennellement remise au duc d'Angoulême qui la dépose au château de Pau. En août 1822, elle est dotée d'un décor tout symbolique de lances et drapeaux. En juin 1825, elle est promenée en procession dans les rues de la ville de Pau à l'occasion des cérémonies du couronnement du roi Charles X. C’est la dernière fois qu’elle quittera les murs du château. Entre 1845 et 1847, le décor d'une « chambre natale d'Henri IV » est recréé au deuxième étage du palais et le berceau-carapace y trouve sa place définitive.

Observons à présent l'objet : c'est une carapace de tortue verte, de type Chelonia mydas. Ses dimensions montrent qu’il s’agit d’un spécimen adulte. On trouve ce type de tortues dans toutes les eaux sub-tropicales des océans et même en Méditerranée. Il n’est donc pas possible de déterminer sa provenance géographique exacte. On constate que les éléments d’ossature intérieure de la carapace ont été soigneusement coupés, de façon à dégager une cavité sans aspérité et que l’on a percé deux trous d’un côté.
La carapace-berceau est posée sur une table recouverte de velours d’un bleu profond semé de fleurs de lys et portant un H entouré d’une couronne de lauriers, le tout brodé avec des fils d’or. Au-dessus, le décor est composé d’un faisceau de six lances de bois doré ornées de drapeaux aux armes de France et de Navarre, surmonté d’un casque empannaché de vingt-deux plumes d’autruche et encerclé d’une couronne de lauriers et d’une écharpe de soie blanche.
Un décor tout guerrier pour le berceau du futur roi !

C’est au XIXe siècle seulement que la carapace-berceau en a été dotée. L’initiative en revint à un concierge du château de Pau. Ce personnage, dont la présence au château est avérée de 1816 à 1830, se nommait Alexandre Bossu. En 1821, il prit la plume pour exposer à Thierry de Ville d’Avray, intendant du Garde Meuble de la Couronne, la nécessité de créer pour la carapace-berceau un décor digne d’un « monument aussi précieux pour tous les bons français ». Lui-même avait par le passé payé de ses deniers un décor, qui s’était usé et qu’il fallait à présent remplacer. La carapace de tortue était en effet portée en procession dans les rues de Pau, chaque année, le 25 août, jour de la saint Louis et il lui semblait de la plus haute importance qu’elle soit mise en valeur pour cette occasion. Ses arguments portèrent : le Garde Meuble passa commande à plusieurs artisans pour la confection d’un décor dessiné par Louis-Jacques de La Haymade de Saint-Ange. La sculpture échut à Brion, la dorure à Pauwels, la broderie à Mlle Chalamel et le tapissier Lejeune fut chargé de la livraison de l'ensemble. Envoyé à Pau en 1822, ce décor arriva juste à temps pour que le berceau, dans son nouvel apparat, puisse participer à la fameuse procession. Après quoi, le caractère imposant et peu maniable de son décor sédentarisa l’objet dans le château dont il ne sortit plus qu’une seule fois, en 1825. Et c’est au sein d’une « chambre natale » reconstituée telle un écrin, qu’il constitue le coeur et le clou de la visite du château.

Objet de curiosité, vénérable relique, objet de musée... la carapace-berceau est tout cela à la fois et témoigne de la permanence de l’intérêt jamais démenti pour le règne et la personnalité d’Henri IV.