Les 100 couverts

Affiche de l'exposition - titre les 100 couverts (en chiffres)
les 100 couverts
Château de Pau
Salle des Cent couverts
du 16 avril au 26 juin 2016

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S’ouvrir à la création contemporaine, pour un palais chargé d’histoire, n’est plus une audace, ni une gageure arrogante contre le cours du temps. Sans se trouver blasés, les publics d’aujourd’hui connaissent et savourent, à des degrés divers d’intensité, l’invitation, l’irruption d’artistes vivants dans les monuments qu’ils visitent. Que, par ce moyen, de modernes créateurs se proposent d’exalter ou de conquérir la vieille créature absorbée dans des siècles de contemplation, qu’ils s’y introduisent avec fracas, par de feintes effractions, ou se laissent couler aux charmes de la dissimilation, leur langage désinvolte, leurs écarts prémédités pourront leur être contestés, mais non leur place, bien acquise dans les demeures de l’art ancien.
La confiance faite à Dominique Blaise, qui vient disposer les 100 couverts au château de Pau, dans la salle du même nom, est donc fort légitime. Mais la sagacité de ses installations ne peut que conforter le bien fondé de son projet original, dont le choix s’est tout droit dirigé en nos murs. Mais il y a plus : sa présence à travers une ambitieuse installation rappelant la fonction habitable du lieu s’introduit beaucoup plus avant que la plupart des programmes d’art contemporain en milieu palatial. Elle explore puis élit domicile dans les moindres replis de ce tissu matériel, artistique et humain d’un quotidien artificiellement réservé aux princes, aux rois et à leurs gens, au pied d’imposantes montagnes. De siècle en siècle, la vie supposée, sublimée, d’une demeure vouée avant tout à la représentation (celle du pouvoir, de l’histoire, et plus encore de l’idée qu’on en a) s’exprime à travers le grand décor, qu’il se fasse tapisserie, peinture, mobilier ou illusion des ors, des marbres et stucs... Ou boiserie, tout simplement.  
Ce décorum du quotidien, avec sa pointe de familiarité convenue, séduit, distrait, pourra même agacer. Dominique Blaise l’a scruté avec le plus grand soin, sollicitant culture sensorielle et intuition de l’objet usuel passé au statut d’exception d’apparat, puis il nous l’a frisé avec humour, avec toute sa tendresse de l’objet concertant, débordant ainsi la contrainte de l’étiquette en une innocente et malicieuse évasion.
Voici que se déchire tout ce que le lieu même pourrait avoir de non poétique : la part d’historicité contingente, le racornissement des esthétiques de la bonne figure, les petitesses et les écarts budgétaires des commandes : tout, reporté au millimètre près, retrouve grâce et piquant… On reviendra aux Cent Couverts, la table nous y attend, et pour reprendre l’un des jolis couplets éclos au temps des Lumières : La poule au pot était promise/ […] La nappe est mise, / L’on va bientôt mettre à sa guise / La poule au pot.
Paul Mironneau

L’installation les 100 couverts est accompagnée d’un montage vidéo dans la salle des Officiers de service, démon-table, d’une installation de sculptures de livres, pour Jeanne d’Albret, sur le parcours de visite du Château, et d’un accrochage de photographies, suite Thessalonique, à la Maison Baylaucq.

Commissaire(s)

Paul Mironneau, Conservateur général du Patrimoine, Directeur du Musée national et domaine du château de Pau et Isabelle Pébay-Clottes, Conservateur en chef du Patrimoine au Musée national et domaine du château de Pau.

Partenaire(s)

Avec la participation de Daniel et Geneviève Blaise et des étudiants de l’École supérieure d'Art des Pyrénées.

Contact(s) presse

Virginie Arbouin, chargée de communication

L'installation et sa prolongation dans le château et à la Maison Baylaucq
 
Dominique Blaise au château...les 100 couverts
Pour Dominique Blaise, l'aventure des « 100 couverts » au château de Pau débute avec une question - presque une boutade - posée par un ami : « À quand les 100 ? », alors qu'il vient d'achever une installation dans le réfectoire du couvent construit par Le Corbusier pour les Dominicains à La Tourette près de Lyon. Il y a suspendu 64 couverts...

Dans la démarche de l'artiste, le nombre des couverts suspendus n'a jamais eu de réelle signification, il est tout simplement proportionné aux salles à manger qu'il investit : 50 couverts au Château de Saint-Privat d’Allier (en 2001), 12 dans la Galerie Domi Nostrae à Lyon (en 2002), 22 au Chatam, salon du restaurant La Rotonde à Charbonnière, 64 donc, chez les frères dominicains (en 2009).

Pourtant, ce nombre « 100 », associé au mot « couverts », déclenche une réminiscence, une irrésistible association d'idée, comme une bulle remontée de l'enfance : la « table aux cent couverts », le meuble royal du château de Pau. Pau, la ville où il est né, la ville de sa jeunesse. « Il n'est de pays que d'enfance », écrit Roland Barthes. Ce pays-là, dont il s'est éloigné, Dominique Blaise veut le revisiter, ce couvert-là, il faut qu'il le dresse. Les premiers contacts pris dès 2011 avec la direction du Musée national du château de Pau aboutissent aujourd'hui à un projet artistique original dans la salle la plus vaste et la plus emblématique du monument.

Le nombre 100 est ici de pure rhétorique ; l'installation de Dominique Blaise comprend 72 couverts. Encore a-t-il fallu serrer assiettes, fourchettes, couteaux... Des convives réels ne seraient sans doute guère à leur aise ! Mais là n'est pas l'essentiel. « Les artistes et les architectes sont des rêveurs d'espace », écrit à son propos Fabrice Teppoz (galerie Domi Nostrae, Lyon). Dominique Blaise redessine avec poésie l'espace solennel de la salle aux cent couverts : les longues harpes de fils de coton blanc où sont suspendus ses couverts font un troublant écho aux fils de laine et de soie qui composent les précieuses tapisseries des Gobelins. Ici l’ancien encadre le nouveau : les tapisseries semblent révérer le couvert, veiller sur la pluie de cordelettes tombant du plafond. Et les couverts, ces couverts pauvres, simples objets du quotidien, dessinent en creux l'absence de la table, parlent des fastueux banquets passés, ressuscitent les fantômes de convives depuis longtemps évanouis.

Alors, 100 ou 72 couverts, qu'importe. Au château de Pau, les 100 couverts sont un couvert de haute lisse.
 
Dominique Blaise au château...démon-table
La table des cent couverts trône dans la salle du même nom depuis 1842. Elle provoque l’admiration des visiteurs par ses dimensions extraordinaires.

À l’installation les cent couverts, fait écho le montage vidéo démon-table, réalisé par Dominique Blaise, et auquel se sont prêtés des personnels du musée national.

L’artiste y fait apparaître et disparaître le meuble emblématique du château de Pau. Ce faisant, il nous propose aussi des éléments de connaissance, voire de compréhension, de la structure même de la table.

démon-table ou la vie secrète d’un meuble historique…
 
Dominique Blaise au château...pour Jeanne d'Albret
Dominique Blaise a souhaité compléter l'installation les 100 couverts par un hommage à une figure féminine indissociable de l'histoire du château de Pau, figure parfois quelque peu estompée par l'ombre du panache de son illustre fils : Jeanne d'Albret, reine de Navarre (1528-1572).

L'artiste a investi plusieurs des salles du château qui fut celui de cette reine au XVIe siècle. Femme de conviction et de courage, tête politique, Jeanne d'Albret était aussi une fine lettrée, qui reçut une éducation humaniste et veilla à celle de ses deux enfants. N'était-elle pas fille de Marguerite d'Angoulême-Navarre, l'auteur de l'Heptaméron ? Aussi est-ce par l'installation d'une bibliothèque et de sculptures de livres que Dominique Blaise a conçu pour Jeanne d'Albret, hommage d'un artiste du XXIe siècle à une grande reine du temps des guerres de religion.

Cette période dure et troublée, de pillages, saccages et dévastations, on en perçoit comme un écho dans la dispersion de la bibliothèque en plusieurs salles du château. L'artiste l'évoque aussi par l’utilisation du noir pour une majorité de ses sculptures-livres. Lointain souvenir du noir des vêtements des protestants. Du noir du deuil porté par la reine de Navarre, à partir de son veuvage en 1562. Du noir des monuments, maisons et livres incendiés, réduits en cendres. D’autres livres en plus petit nombre apparaissent comme des épures, d’une blancheur idéale, d’un format étonnant, qui tout à la fois intriguent et attirent.

Si les livres blancs ont été créés par l’artiste, nombre des ouvrages ont été récupérés chez des éditeurs parmi des lots d'invendus destinés au pilon et donc à la destruction. Transformés, sculptés, ils trouvent une seconde destinée : avec ses barres-livres rigides, enduites de peinture, rudement boulonnées, la bibliothèque pour Jeanne d'Albret dispersée aux quatre coins du monument rappelle ainsi qu'au XVIe siècle, livres et manuscrits avaient leur place, toute leur place, dans un palais de Pau dont les rois de Navarre avaient alors fait leur principale demeure.
 
Photographies de Dominique Blaise à la Maison Baylaucq...suite Thessalonique
suite Thessalonique... le titre est énigmatique. Confronté aux photographies qui composent l'exposition, il prête légitimement à questionnement : point ici de paysage, ruines, temple, mais des chaises, des chaises dans tous leurs états, tournées , retournées, renversées, opposées, adossées, suspendues, en équilibre... Et parfois un tabouret ou une échelle venus jouer les vedettes américaines.

« Dominique Blaise est un manipulateur d’objets dans l’espace, comme il y a les jongleurs et les funambules. Il cherche comme ces derniers à tromper notre gravité ; et d’abord à tromper l’espace pour mieux tromper le temps.
Sa spécialité principale : le mobilier, comme d’autres font dans l’assiette sur tige ou le vélo à une roue. Avec le mobilier, c’est le monde lui-même qui bascule. Sur la frontière sans cloison qui sépare l’équilibre du déséquilibre, le visiteur est plongé dans la jubilation d’un     instant paradoxal qui dure. Ses installations de chaises, comme leurs variations de tables     et de couverts, sèment le délire au cœur de nos repères domestiques. »
Claire Peillod (À propos du travail de Dominique Blaise en 2002, galerie Domi Nostrae, Lyon)

La plupart des quelque cinquante photographies présentées à la Maison Baylaucq ont été initialement réunies en 1998 pour un festival photographique : le Xe Photosynkiria, au Musée du Design de Thessalonique. Ce sont cette référence géographique et des raisons musicales (la suite est une forme musicale et le nom Thessalonique est « très chantant », écrit l'artiste) qui ont donné leur nom à cet ensemble photographique renvoyant aux installations disposées par Dominique Blaise : des meubles simples échappant à la gravitation.
Visiter l'installation
Au château-En visite libre
Du 16 avril au 14 juin 2016, tous les jours de 9h30 à 11h45 et 14h à 17h puis du 15 au 26 juin 2016,  tous les jours de 9h30 à 12h15 et de 13h30 à 17h45-Fermé le 1er mai.
Tarif: gratuit

A la Maison Baylaucq-En visite libre
Du mardi au dimanche de 10h à 12h et de 14h15 à 17h-Fermé le 1er mai.
Tarif : gratuit

 
Programmation autour de l'installation
Les visites-commentées de l'installation les 100 couverts et de suite Thessalonique
À 14h15 le lundi 25 avril
À 15h le lundi 9 mai
À 15h30 les vendredis 13 et 27 mai
À 15h le jeudi 2 juin 2016

Durée : 1h30 – Tarif : 6,50€
 
Les visites-commentées de l'ensemble de l'installation au château
À 15h les vendredi 10, jeudi 16 et jeudi 23 juin 2016

Durée: 1h30 - Tarif: 6,50€


Réservation vivement conseillée.


Les animations pour les familles
Durant les petites vacances, le Service des publics propose un programme d'animations pour les enfants sous forme de parcours-découverte, de contes ou de jeux  pour petits et grands ou comment découvrir les collections du château en famille, en s'amusant.
Les enfants doivent être accompagnés d'au moins un adulte.

Du 16 au 23 avril 2016

À 14h30 parcours de découverte pour les 6/10 ans  
 
On mange à table, mais où est la table ?
La table des Cent couverts a disparu ! Que cela ne nous empêche pas de savoir ce qu'il y aura dans les assiettes !

À 16h parcours-jeu pour les 3/5 ans
 
Aujourd'hui, on mange au plafond !  
Jeu autour de la nourriture et de l'alimentation.


Durée : 1h - Tarifs : enfant : 3,5€ ; adulte : 7€